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Audrey Tautou nous parle de sa rencontre avec Jean-Pierre Jeunet et de
l'aventure extraordinaire du Fabuleux destin d'Amélie Poulain pour La
Voix du Nord.
Travail.
Je ne me pose pas beaucoup de questions. Le travail de comédien est aussi
abstrait pour moi que pour vous. Je crois être assez instinctive. Je n'ai pas
de méthode et je ne travaille pas devant ma glace. N'ayant pas envie de réfléchir
à la psychologie du personnage que je dois interpréter, je m'amuse avec lui.
J'y pense et je me fie à mon inconscient. J'ai besoin du regard du metteur
en scène et c'est à moi de m'infiltrer dans son univers. C'est un
travail d'équipe.
Jeunet. Avant de le connaître, Jean-Pierre Jeunet était déjà pour moi
un grand réalisateur. Quand on m'a annoncé que j'allais le rencontrer,
c'était comme si on m'avait dit que j'avais rendez-vous avec Luc Besson,
Mathieu Kassovitz ou Jean-Paul Rappeneau. A travers Alien 4 et La Cité
des enfants perdus, j'aimais sa fantaisie, la façon dont il filmait. Il y
a une touche Jeunet, ses films ne ressemblent pas à ceux des autres.
Tournage. J'ai découvert quelqu'un qui travaille énormément, ne
laisse rien au hasard, sait exactement ce qu'il veut et ne fait pas de
compromis. Comme il travaille trois fois plus que ses techniciens et ses
acteurs, on le considère avec respect. Quand on arrive en début de semaine sur
le tournage, on sait qu'il a passé le week-end à chercher ses cadres dans
les décors avec des doublures, avant de les faire imprimer et de les coller sur
des cartons. C'est quelqu'un de très cartésien et de très attentionné,
tout le contraire d'un fou ou d'un égoïste. Avec lui, j'ai appris la précision.
Se placer par rapport à la caméra, adopter une position gracieuse, des choses
qui lui importent et qu'on à coeur de lui donner.
Métier. J'ai toujours aimé le théâtre et les métiers du spectacle,
les costumes, les décors. Mes parents m'ont offert, en cadeau de bac, un
stage d'été de 15 jours au cours Florent. Ça m'a tellement plu que j'ai
continué à la rentrée, parallèlement à la fac de lettres modernes, sans
oser imaginer en faire mon métier, même si j'en rêvais inconsciemment et
secrètement. Je suis, en fait, tombée très simplement dans ce métier car le
cours Florent m'a permis de faire des castings et de travailler très vite.
Garde-fou. Je suis quelqu'un d'indépendant et solitaire. Pour être
bien dans ce métier, j'ai l'impression qu'il faut veiller à ce que ce ne
soit pas la seule chose qui vous anime et avoir de bons amis, fidèles, avec qui
on passe des moments vrais. Le temps d'un tournage, on vit en autarcie au sein
d'une famille qui sont les acteurs et les techniciens. Ce sont des rapports
intenses et passionnels mais très éphémères.
Passion. J'ai fait récemment un voyage en Indonésie qui m'a ouvert
les yeux sur le monde. C'est ma nouvelle passion. Je ne me sens pas déconnectée
de la réalité et je n'ai pas besoin de voir la pauvreté pour me rendre
compte que je suis privilégiée. C'est juste découvrir des choses qu'on ne
soupçonne pas ici quand on n'a pas la chance ou le désir de voyager. Juste
un besoin de voir d'autres d'horizons, d'autres gens, d'autres cultures,
d'autres façons de vivre le temps.
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