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Ciné Live :
Etiez-vous, comme Amélie, une petite fille observant les nuages en leur
imaginant des formes étranges ?
Audrey Tautou :
Je pense que je lui ressemblais dans la mesure où j'étais une enfant qui
fabulait beaucoup. En revanche, j'étais peut-être un petit peu moins inventive
! A présent, je suis moins petite fille mais je continue de rêver énormément.
Encore aujourd'hui, dans ma vie quotidienne, j'aime être dans les étoiles.
C'est agréable de ne pas avoir les pieds sur terre. J'ai besoin, comme elle,
d'imaginaire et d'évasion.
Ciné Live :
Quelles ont été vos premières impressions en découvrant le scénario ?
Audrey Tautou :
Lorsque nous nous sommes rencontrés, Jean-Pierre et moi, il m'a confié le scénario
et m'a dit que nous ferions des essais si le script me plaisait. Je l'ai lu en
une soirée et je n'ai pas fermé l'¶il de la nuit. Je n'osais pas lui téléphoner.
En bonne élève, je me disais qu'il fallait attendre le lendemain. Et dès le
matin, je l'ai appelé pour lui proposer de passer les essais.
Ciné Live :
Comment se sont-ils déroulés ?
Audrey Tautou
Ils ont eu lieu très vite. J'ai juste eu le temps de découvrir Delicatessen,
que je n'avais pas vu. Cela m'a beaucoup éclairée sur l'univers de Jean-Pierre
et sur sa façon de diriger les comédiens. Je me suis mis à réfléchir sur
les vêtements que je porterais, sur ma coiffure... tout en me disant qu'un rôle
comme celui-ci était trop beau, qu'un truc pareil ne pouvait pas m'arriver.
Mais je voulais avoir fait mon boulot, et ne pas sortir des essais, comme cela
m'arrive parfois, en me disant avoir raté ceci ou cela, en ayant l'impression
de ne pas avoir été bonne. Je souhaitais donner le maximum. Et puis j'avais
cette petite fierté à la con d'être la première - que j'obtienne le rôle ou
pas - à avoir dit ce texte et à avoir incarné ce personnage.
Ciné Live :
Et au final...
Audrey Tautou:
Ça s'est bien passé. Jean-Pierre n'a pas caché ses émotions. Lorsque c'était
drôle, il était plié de rire, et quand il était ému, il avait les yeux au
bord des larmes. Je suis sortie de là en ayant l'impression d'avoir accompli ma
mission ! (rires)
Ciné Live :
Vous avez découvert le film récemment. Qu'en avez-vous pensé ?
Audrey Tautou:
En toute sincérité - (rires) II y a là quinze idées à la minute. J'ai lu le
scénario douze fois, j'ai travaillé dessus pendant des mois et pourtant, après
avoir vu le film, je ne sais même plus dans quel ordre tout cela se déroule.
Ce film est tellement riche ! On se le prend en pleine tête, ça vous submerge
d'émotion. Du coup, on n'en sort pas en se disant : "Untel est
merveilleux, quelle performance !" Au début de la projection, je me
demandais, comme très souvent : "Est-ce que je suis bien ? Est-ce que je
suis jolie ou est-ce que je suis moche ?" Et puis, très vite, je me suis
oubliée. Et honnêtement, je suis incapable de vous dire comment je suis dans
le film.
Ciné Live :
La mise en scène très découpée de Jeunet n'est-elle pas trop frustrante pour
une actrice ?
Audrey Tautou:
II existe différentes façons de travailler. Par exemple, avec Pascale Bailly,
j'ai fait un film [Dieu est grand et je suis toute petite, NDR] très peu découpé,
avec beaucoup de plans-séquences, où l'acteur était vraiment libre de faire
ce qu'il voulait. Sur Amélie Poulain, le travail était beaucoup plus précis,
esthétique. Mais cela ne me dérangeait absolument pas. Ce que j'aime, c'est me
fondre dans un univers et dans une façon de travailler. Si on me demande d'être
précise, eh bien je le fais, et j'aime ça. Et j'adore les petites difficultés
techniques contre lesquelles il faut se battre, tout en restant naturelle et
spontanée. J'apprécie les metteurs en scène exigeants qui savent ce qu'ils
veulent. De plus, si l'image a de l'importance pour Jean-Pierre, les acteurs en
ont cent fois plus.
Ciné Live :
De quel élément vous sentez-vous la plus proche dans son univers ?
Audrey Tautou:
Sa fantaisie, sans hésitation. Le fait qu'il se serve de tout ce qui existe
dans la vie pour raconter une histoire. II ne prend pas une chose pour en faire
un film d'une heure et demie, il en prend mille ! (rires) Je suis très sensible
à sa manière de mêler l'imaginaire, la drôlerie, l'émotion et le
romantisme. Dans son cinéma, il se passe toujours quelque chose. Et surtout, il
y a tous ces éléments que Jean-Pierre a mis dans son film et qui sont
impossibles à raconter. C'est simple, ce film, il faut le voir pour le croire. |